LMNP vs Jeanbrun : quel statut choisir en 2026

En mars 2026, tout investisseur immobilier est confronté à un arbitrage inédit : faut-il opter pour le LMNP (Location Meublée Non Professionnelle) ou pour le dispositif Jeanbrun, entré en vigueur en février 2026 ? La réforme LMNP — qui réintègre désormais les amortissements dans la plus-value à la revente — change profondément l’équation. La loi Jeanbrun, qui permet d’amortir un bien en location nue tout en bénéficiant d’avantages fiscaux jusqu’ici réservés au meublé, brouille les repères. Ce guide comparatif vous aide à trancher selon votre situation personnelle.
Meublé vs location nue : les différences fondamentales
Avant de comparer les régimes fiscaux, rappelons les différences de fond entre location meublée et location nue, car elles impactent la gestion quotidienne autant que la fiscalité.
Le bien loué et les obligations du bailleur
Un logement loué en meublé doit comporter un équipement complet permettant au locataire de s’installer immédiatement : literie, cuisine équipée, tables, chaises, rangements, luminaires, matériel ménager… La liste réglementaire comprend 11 catégories d’éléments minimum depuis le décret de 2015. Ce premier investissement en mobilier (3 000 à 8 000 € selon le bien) est amortissable et déductible, mais représente un coût réel à l’entrée et à chaque renouvellement.
En location nue, le bailleur fournit les murs et les équipements fixes. Le locataire apporte ses meubles. Pas d’inventaire, pas d’état des lieux mobilier, pas de renouvellement de mobilier. Les contraintes de gestion sont significativement moindres.
La durée du bail et la protection du locataire
En meublé, le bail est d’un an minimum (9 mois pour les étudiants), renouvelable. En nu, la durée minimale est de 3 ans (6 ans pour les personnes morales). Le bail nu offre une plus grande stabilité locative, mais rend la récupération du bien plus longue en cas de besoin.
Les profils de locataires
La location meublée attire des profils mobiles : étudiants, jeunes actifs, professionnels en mobilité, expatriés. Le turn-over est plus fréquent (en moyenne 18 mois par locataire en meublé urbain contre 4 à 6 ans en nu). La location nue cible des familles ou des locataires stables, avec moins de rotation et donc moins de vacance locative.
Fiscalité comparée : BIC vs revenus fonciers
C’est le cœur du sujet. Le LMNP génère des BIC (bénéfices industriels et commerciaux) tandis que la location nue (Jeanbrun inclus) génère des revenus fonciers. Ces deux régimes sont imposés différemment.
Le régime réel LMNP (BIC)
Au régime réel BIC, l’investisseur déduit toutes ses charges réelles + l’amortissement du bien et du mobilier. Le bénéfice imposable peut être ramené à zéro pendant 15 à 20 ans dans la plupart des configurations. L’excédent de charges (déficit) est reportable sur les bénéfices LMNP des 10 exercices suivants, mais ne peut pas s’imputer sur le revenu global. La contrepartie depuis 2026 : réintégration des amortissements dans la plus-value à la revente.
Le régime Jeanbrun (revenus fonciers)
La loi Jeanbrun permet de déduire un amortissement fictif du logement loué nu, à des taux de 3,5 % à 5,5 % pour le neuf et 3 % à 4 % pour l’ancien. Cet amortissement vient en déduction des revenus fonciers, ce qui réduit — voire annule — l’imposition annuelle. Le déficit foncier éventuel (plafonné à 10 700 €/an) est imputable sur le revenu global, contrairement au déficit LMNP. Et surtout : les amortissements Jeanbrun ne sont pas réintégrés dans la plus-value à la revente (régime des particuliers, article 150 U du CGI).
Le micro-BIC et le micro-foncier
En dehors des régimes réels, des régimes simplifiés existent. Le micro-BIC (plafond 77 700 €) offre un abattement de 50 % sur les recettes. Le micro-foncier (plafond 15 000 €) offre un abattement de 30 % sur les loyers. Ces régimes sont simples mais rarement optimaux pour des biens financés à crédit.
L’amortissement : avantages et pièges de chaque régime
Amortissement LMNP : puissant mais désormais taxé à la sortie
L’amortissement LMNP par composants permet de déduire 3 % à 5 % de la valeur du bien chaque année, selon la ventilation retenue. Pour un appartement à 200 000 € (170 000 € de bâti), l’amortissement annuel moyen est d’environ 5 500 €. Sur 20 ans, ce sont 110 000 € de charges déduites — ce qui représente une économie d’impôt annuelle de 1 650 € pour un contribuable à 30 %. Mais depuis 2026, ces 110 000 € seront réintégrés dans la plus-value à la revente, effaçant une grande partie du bénéfice fiscal accumulé.
Amortissement Jeanbrun : moins puissant mais exempt de réintégration
Le Jeanbrun permet d’amortir entre 3 % et 5,5 % du prix de revient du logement neuf. Pour le même appartement à 200 000 €, l’amortissement est de 7 000 à 11 000 €/an (taux neuf). C’est comparable, voire supérieur, à l’amortissement LMNP pour la partie bâti. Et ces amortissements ne seront jamais réintégrés dans la plus-value, car le régime des plus-values immobilières des particuliers ne connaît pas ce mécanisme pour la location nue.
Attention : le Jeanbrun impose en contrepartie un loyer plafonné (comme le Pinel) et un engagement de location nue de 9 ans. Pour en savoir plus sur ce dispositif, consultez notre guide dédié /loi-jeanbrun.
Plus-value post-réforme : l’impact décisif
C’est le paramètre qui renverse le plus souvent l’arbitrage en faveur du Jeanbrun pour les durées de détention courtes à moyennes.
| Paramètre | LMNP réel 2026 | Jeanbrun (location nue) |
|---|---|---|
| Bien acheté | 200 000 € | 200 000 € |
| Amortissements cumulés (15 ans) | 82 500 € | 82 500 € |
| Réintégration dans la plus-value | Oui — 82 500 € | Non — 0 € |
| Prix de revente | 250 000 € | 250 000 € |
| Plus-value brute | 132 500 € (250 000 – 117 500) | 50 000 € (250 000 – 200 000) |
| Abattement 15 ans (60 % IR) | 79 500 € | 30 000 € |
| Plus-value nette IR | 53 000 € | 20 000 € |
| Impôt total (IR 19 % + PS 17,2 %) | 19 187 € | 7 240 € |
L’écart de fiscalité à la revente est de près de 12 000 € en faveur du Jeanbrun, à bien identique et durée de détention identique. Cet écart compense-t-il la fiscalité annuelle plus lourde pendant la détention ? La réponse dépend du profil fiscal de l’investisseur et de la durée de détention envisagée.
Gestion et contraintes pratiques
Contraintes du LMNP
- Obligation de fournir un logement meublé complet (renouvellement du mobilier à prévoir).
- Turn-over locatif plus fréquent (recherche de locataire plus régulière).
- Comptabilité BIC obligatoire au régime réel (expert-comptable indispensable).
- Déficit reportable uniquement sur les bénéfices LMNP (pas d’impact sur le revenu global).
Contraintes du Jeanbrun
- Engagement de location nue sur 9 ans minimum (pénalités en cas de rupture anticipée).
- Loyers plafonnés (réduction de la rentabilité brute dans les zones tendues).
- Conditions de ressources du locataire à respecter.
- Applicable uniquement aux logements neufs ou anciens rénovés répondant aux critères DPE.
Tableau décisionnel : LMNP ou Jeanbrun ?
| Critère | LMNP réel | Jeanbrun |
|---|---|---|
| Durée de détention envisagée | Idéal > 25 ans | Idéal 9 à 20 ans |
| Type de bien | Meublé (neuf ou ancien) | Neuf ou ancien rénové, loué nu |
| TMI de l’investisseur | Très avantageux à 30 % et au-delà | Avantageux à partir de 11 % |
| Objectif principal | Neutralisation fiscale annuelle | Déficit foncier + sortie nette |
| Impact plus-value (15 ans) | Surcoût ~12 000 à 30 000 € | Régime de droit commun, sans surcoût |
| Flexibilité de gestion | Forte (pas d’engagement durée) | Limitée (9 ans engagement) |
| Déficit imputable revenu global | Non | Oui (10 700 €/an) |
| Récupération de TVA possible | Oui (para-hôtelier) | Non |
| Turn-over locatif | Fréquent (1 à 2 ans) | Faible (3 à 6 ans) |
Profils types pour le LMNP
Le LMNP reste optimal pour : l’investisseur qui détient son bien plus de 25 ans (les abattements effacent la réintégration), celui qui dispose d’un fort endettement (intérêts déductibles massifs), celui qui loue en saisonnier (le Jeanbrun ne s’y applique pas), et celui qui souhaite une flexibilité totale sur la durée de détention.
Profils types pour le Jeanbrun
Le Jeanbrun est optimal pour : l’investisseur qui envisage une revente entre 10 et 20 ans, celui qui est à 30 % de TMI et souhaite créer du déficit foncier imputable sur son revenu global, celui qui préfère la gestion simplifiée de la location nue, et celui qui achète un logement neuf avec l’objectif de le transmettre à terme.
Pour une analyse complète de la fiscalité comparative, consultez notre guide sur la /fiscalite-immobiliere, notre page LMNP et notre page loi Jeanbrun.
L’essentiel à retenir
- Le LMNP et le Jeanbrun ne s’adressent pas aux mêmes biens ni aux mêmes stratégies : le LMNP cible le meublé avec une fiscalité annuelle quasi nulle, le Jeanbrun cible la location nue avec un avantage fiscal à la revente.
- La réforme 2026 a profondément rééquilibré l’arbitrage en faveur du Jeanbrun pour les durées de détention inférieures à 22 ans : la réintégration des amortissements LMNP peut coûter 10 000 à 40 000 € de plus à la revente.
- Le Jeanbrun permet d’imputer le déficit foncier sur le revenu global (10 700 €/an), avantage impossible en LMNP.
- Le LMNP reste supérieur pour les investisseurs qui détiennent plus de 25 à 30 ans, ou qui pratiquent la location saisonnière.
- L’arbitrage optimal dépend de votre TMI, de votre durée de détention envisagée et de votre type de bien : une simulation personnalisée est indispensable avant de choisir.
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